Bruit de surface

COLLECTION LITTÉRATURE ET MUSIQUE


En cette période étrange et puisque les moyens habituels d'apprécier la musique (le concert) sont en suspens, Art Zoyd Studios a imaginé d'explorer d'autres interactions de la musique avec le monde qui nous entoure – à savoir ses possibles liens et connivences avec la littérature – et de placer cette recherche à un autre endroit, l'espace d'internet. De là est en train de naître la série ou collection " Bruit de surface", rencontres entre des écrivains et des musiciens, se retrouvant en binômes, pour tenter de créer des œuvres hybrides, entre texte, performance et concert, entre le signifiant du mot et l'abstraction du sonore.

Le projet est amorcé par l'écrivain François Bon et le compositeur Kasper T. Toeplitz qui d'une part s'attellent à donner vie à 135 façons de sauver la Terre, recherche sur une écriture en train de se faire de façon orale, et d'autre part proposent à quelques écrivains et musiciens de proposer à leur tour une fusion autre des deux médiums.

Les différents volets du projet sont à retrouver chaque lundi à partir du 9 novembre dans le cadre de #culturecheznous.

BINÔME#1 / Kasper T Toeplitz & François Bon


KASPER T TOEPLITZ, musicien

solo de basse - The Film Gallery Paris, 23 octobre 2020

Pulsed Memory Process a film experience by Marc Plas

"Le 23 octobre 2020 le cinéaste Marc Plas m’invitait à faire une performance lors de son exposition à le Galerie ”The film gallery” à paris. Il a filmé cette performance - un concert solo de basse électrique."


FRANÇOIS BON, écrivain

135 façons de sauver la Terre

La lecture sur scène, et encore plus si c’est avec musicien, c’est comme enflammer l’écriture livre : écriture qui se donne dans l’instant, appelle l’implication du corps.
Et pourtant, à la différence du musicien improvisateur, l’auteur reste avec sa partition dans les mains. C’est lorsqu’il est à sa table, dans le surgissement de l’écriture,
qu’il éprouve ce même vertige de la musique improvisée.
Ces questions, je les portais depuis plusieurs mois : serait-il possible à un auteur que le texte soit produit dans le moment même de la scène ?
Cela suppose que le texte en lui-même soit appel, question, proclamation.
Ce thème de 135 façons de sauver la Terre est revenu obsessivement dans mon travail : figures récurrentes, images à la limite du fantastique. Rejoindre notre inquiétude quant au destin du monde. Affirmer une rage, une quête, quand bien même la réalité est dure, terne, opaque.

Alors nous, l’auteur comme le musicien, restent dans leur rôle de saltimbanques, montreurs d’images. Kasper T Toeplitz m’a proposé, pour le centre de création musicale Art Zoyd Studios dont il assure cette année la direction  artistique, une double mission commune : détecter, parmi les jeunes auteurs performeurs d’aujourd’hui, de nouvelles voix, de nouveaux modes d’appréhension du réel. Puis les associer à d’équivalents explorateurs de musiques.

Nous-mêmes, alors nous intégrant dans ces binômes en constitution.
Ce n’est pas un projet qui se joue une fois, ou dix fois, et puis s’arrête. C’est un protocole : la possibilité, sur un an, ou tant que l’envie de concerts sera là, d’arriver ensemble sur scène, disposer de ces quelques dizaines de pistes d’improvisation, et les laisser se recomposer dans une figure qui sera celle d’un seul soir.
Un livre s’élabore, fait de toutes les versions successives de ces improvisations. Mais aussi des enregistrements vidéo qu’on fait de chaque répétition, qu’on fera de chaque concert.
Et si le web est actuellement la seule possibilité de scène, c’est sur le web qu’on l’y emmène : nécessité pour la parole qu’elle dise le présent, dessine une perspective à sa nuit.


François Bon est né en 1953, en Vendée, et publie son premier livre en 1982. Il collabore avec Kasper Toeplitz depuis 1995. Tout en continuant son parcours d’auteur de l’écrit, il a multiplié les expériences transmedia, à la fois sur son site web www.tierslivre.net et sur sa chaîne YouTube dédiée à l’expérimentation textuelle.

BINÔME#2 / Milène Tournier & Méryll Ampe


MILÈNE TOURNIER, autrice

« Lorsque j’ai découvert les créations sonores de Méryll Ampe, deux plans d’écoute se sont dessinés, qui m’ont accompagnée dans le projet d’en donner un écho vidéo et littéraire (en
vue de préparer une collaboration artistique) : un premier plan d’abord, de l’ordre de l’immédiat ou l’urgence ; l’horizon lointain, ensuite, d’un calme, presque d’une absence.
C’est afin de donner corps à ces deux impressions mêlées que j’ai initié un rituel de « marches méditatives ».
Je pars marcher dans la ville, - confinée ou déconfinée – avec un mot-mantra (écho, vide, silence, vent, temps, invisible…) et je filme des bribes que j’essaye, au retour, de tresser.
Quelque chose s’improvise du texte, en lien, plus ou moins serré, avec les images.
Je souhaite confier à la ville le soin de proposer à ma méditation ses fictions. »

Prologue aux méditations « Notre besoin de fiction est insatiable »

L’une des méditations marchées « Méditation à l’invisible »


MÉRYLL AMPE, musicienne

Artiste sonore et sculptrice de formation, Méryll Ampe établit des liens entre ces deux pratiques. Elle conçoit le son comme un médium à sculpter en temps réel utilisant comme dispositif sonore des sources sonores enregistrées combinées avec des synthétiseurs, lecteur cassette, cymbales, etc… Le tout pour ainsi interroger implacablement une dense matière sonore qui évolue souterrainement et en relief. Créant en direct différentes strates et jouant avec l’imbrication de volumes, de plans et de perspectives, Méryll Ampe aime frôler les limites du son et creuse dans sa chair avec un intérêt permanent pour la rugosité, la porosité, la masse-densité et l’inattendu.

Voici une vidéo d'un concert au Lausanne Underground Film & Music Festival 18.10.2018

plus d'infos sur son site internet / sa page Bandcamp